L'hommage national du 11 novembre 1920

Deux ans après la fin de la Première guerre mondiale, découvrez comment le Gouvernement commémore simultanément deux événements !

Retrouvez la vidéo L'hommage national du 11 novembre 1920 ici.

 

   

Le 8 novembre 1891, à côté de la Maison des Jardies, dernière demeure de Léon Gambetta, est inauguré un monument à sa gloire, offert par le Comité des Alsaciens et Lorrains, et conçu par l’architecte alsacien Auguste Bartholdi.

Deux jours plus tôt, lors d'une cérémonie, le cœur du grand homme, élevé au rang de relique républicaine, est déposé au sein du monument, transformé en mausolée.

Il y reste 29 ans, jusqu'à son retrait, le 11 novembre 1920, par André Honnorat, ministre de l'Instruction publique, pour son transfert au Panthéon.

  

En effet, deux ans après la fin de la Première Guerre mondiale, le gouvernement du président Alexandre Millerand, souhaite commémorer simultanément, au cours d’une grande célébration nationale, deux événements : le cinquantième anniversaire de la proclamation de la Troisième République par Léon Gambetta, le 4 septembre 1870, au balcon de l’Hôtel de ville de Paris, et la signature de l’armistice

Pour rendre hommage aux milliers de soldats morts pour la France durant les combats, l’État français veut inhumer, sous un monument national, le corps d’un combattant anonyme, représentant l'ensemble des victimes militaires.

 

Le Gouvernement  voit alors la possibilité d’unir la nation autour de deux figures incarnant la défense du territoire national. Le cœur de Gambetta, grand patriote républicain de 1870, reposerait aux côtés du martyr républicain, le Soldat inconnu, qui s'est sacrifié pour que la France puisse retrouver les provinces d’Alsace et de Lorraine, perdues après la guerre franco-prussienne.

Le Panthéon semblait s'imposer naturellement pour la translation du cœur de Gambetta, et du corps du soldat inconnu, avec sur son fronton, la célèbre inscription : "Aux grands hommes, la patrie reconnaissante".

   

Deux lieux pour deux hommages

Mais le débat est houleux à l’Assemblée nationale pour trouver un accord, l'opinion publique souhaitant voir honorer le Soldat inconnu à la hauteur du sacrifice humain que fut la Première guerre mondiale. Finalement deux lieux à Paris sont choisis pour l’occasion : le Panthéon, pour honorer Léon Gambetta, père fondateur de la troisième République, et l’Arc de Triomphe, pour commémorer le sacrifice du Soldat inconnu et de tous les français tombés au champ d’honneur.

La direction artistique de la cérémonie nationale est confiée, par le ministère de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts, à l’architecte Emmanuel Pontrémoli. Ce dernier veut marquer les esprits en  faisant de cette journée un moment de fête au décorum hors du commun.

Un décor éphémère monumental  prend place le long de la rue Soufflot et devant l’Hôtel de ville, les rues sont parées de guirlandes électriques, et des feux d’artifices sont tirés pour clôturer la journée.  Le décorateur Carbowsky fait construire, pour le transport du cœur de Gambetta, un char de 5 mètres de haut et 8 mètres de long, tendu de tissu lamé argent.

Le programme des cérémonies se déroule en réalité sur deux jours :                            

Le 10 novembre à 15h, c’est dans la ville de Verdun, devenue haut lieu de mémoire de la Grande Guerre, qu’un simple soldat de garnison choisit le corps du Soldat inconnu, parmi 8 cercueils. 

Le soir même, le cercueil et le reliquaire du cœur de Gambetta arrivent conjointement à Paris place Denfert-Rochereau, pour une veillée solennelle.

 

Dans la matinée du 11 novembre, le corps du Soldat inconnu et le cœur de Gambetta convergent vers le Panthéon, où Alexandre Millerand, Président de la République, tient un discours solennel. En fin de matinée, le convoi repart en cortège jusqu’à l’Arc de Triomphe place de l’Étoile, pour un hommage conjoint.

À la fin de la journée, le reliquaire du cœur de Gambetta est conduit au Panthéon, où il est installé dans une urne en marbre rouge, puis placé dans l’escalier menant à la crypte du monument, où il repose toujours aujourd’hui.

Quant au Soldat inconnu, son cercueil est installé dans une salle de l’Arc de Triomphe, et sera inhumé quelques mois plus tard, sous la grande arche du monument, le 28 janvier 1921.

 

Afin d'éviter que le tombeau du Soldat inconnu ne sombre dans l'oubli, le journaliste Gabriel Boissy suggère, en 1923, qu'une flamme du Souvenir veille nuit et jour sur la tombe sacrée. Lors de la cérémonie du 11 novembre 1923, la Flamme est allumée par André Maginot, alors ministre de la Guerre. Depuis cette date, la Flamme ne s'est jamais éteinte, et chaque soir, à 18h30 sous l'Arc de Triomphe, une cérémonie solennelle de ravivage est organisée. 

Posée au pied du monument, une plaque célébrant la proclamation de la République en 1870, permet d'associer le souvenir de Gambetta à celui du Soldat inconnu.

A la maison des Jardies, la mémoire des célébrations de 1920 est évoquée par une plaque commémorative posée sur le monument de Bartholdi, mais surtout par le coffret en merisier et noyer d'Alsace, cadeau des industriels de Mulhouse, dans lequel fut transporté le cœur pendant son transfert. 

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